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2015-01-14

au GUI l'an neuf ! (1)



 
 
2015 ...
2 + 0 + 1 + 5 = 8
Lumière qui se ré- Verb’ère (air ?), se reflète à l’infini…
2015…
Nombre minimum de baies de gui (euh ! je n’ai pas vraiment compté…)
Sur les Rameaux d’Or qui se réfléchissent dans la Saône,
Signe de vitalité au creux du sommeil hivernal
2015…
« O Ghel an Heu » = que le blé germe ! en langue celte
Expression déviée par les années en « Au gui l’an neuf ! »
Vivons une année pleine de lumière, de vitalité, d’énergie !

 Telle était la base de ma carte de vœux en cette nouvelle année.
Maintenant que les feuilles des arbres sont tombées, il reste ces boules de gui qui se dissimulaient à notre regard.

Etrange, ce gui
Chargé de symboles depuis la nuit des temps dans le monde entier et pas seulement pour les Celtes et leurs druides qui le cueillaient avec grande cérémonie.

Uniforme, ce gui
Habillé de vert doré, couleur qui lui est propre et qu’il garde toute l’année.

Etranger au rythme des saisons, ce gui
Le temps semble ne pas l’atteindre et toute l’année, sauf fleurs et fruits, il garde la même robe. Pourtant une à une, ses feuilles tombent tous les deux ans, si lentement qu’on ne le voit pas.

 Universel, ce gui
Que l’on trouve sur la terre entière, sans doute par son mode de reproduction : les oiseaux. Fauvettes et grives sont les plus gourmandes de ces fruits, mais pas seulement, des oiseaux migrateurs ? Peut-être. Après digestion des graines,  ils en « lâchent » sur les branches et s’il fait au moins 10°, la graine germe et se colle à l’arbre.
 
 
A contre-rythme, ce gui
Dans notre hémisphère nord,  il fleurit en février bien avant tous les autres arbres et ses fruits arrivent à maturité au moment du solstice d’hiver. C’est pourquoi on dit qu’il apporte la lumière au creux de l’hiver. Oui, mais au même moment, il fleurit et fructifie dans l’hémisphère sud  et c’est l’été !
Tous unis par la même mémoire ancestrale ? Mais où est né le premier rameau de gui au sud en été ou au nord en hiver ?

Parasite, ce gui
Oui et non :
- oui, car : un coup de suçoir et hop ! il traverse l’écorce, et encore un autre et hop ! il aspire la sève de l’arbre et à lui, les nutriments pour  se développer.
- Non, car faut pas exagérer, c’est lui qui travaille à la photosynthèse de sa propre chlorophylle. En plus, si l’arbre est agressé, trompettes sonnées, Sieur Gui lui envoie des sèves nutritives protectrices. Sensible et pas fou ce gui,  il ne peut accepter la mort de cet être-arbre qui entrainerait automatiquement la sienne.

Vertueux, ce gui
Il est celui qui guérit tout : l’épilepsie, les empoisonnements, hypertension artérielle, troubles de la digestion, coqueluche… puisqu’on vous dit : TOUT. Eloignés les mauvais esprits ! Purifiées les âmes ! Neutralisés les poisons ! Même qu’aujourd’hui, on l’emploie pour inhiber certaines tumeurs cancéreuses par sa viscine et que des recherches récentes vantent ses propriétés sur le système immunitaire. A utiliser cependant avec précaution !

(Bon, d'accord, ce n'est pas dans ce jardin vertueux que sont détaillées les vertus thérapeutiques du gui. Mais ce livre, écrit en 631 est recommandé comme lecture à tout musulman après le Coran, qui permet de lire la manière dont le prophète Muhammad vivait. Un hadith est un récit. C'est de saison. )

Fécondateur, ce gui
Oui, oui, fécondateur universel des animaux (et les femmes en sont !) !  La consistance visqueuse et blanchâtre de la pulpe de ces fruits rappelle le sperme, mais pas n’importe lequel : la puissante semence de Dieu, puisqu’il ne touche jamais la terre, elle est pure et d’essence divine !

 
Aphrodisiaque, ce gui
On dit aussi que des druides faisaient macérer les fruits et en extrayaient une liqueur spiritueuse… Ah ! Boisson divine et initiatique ! Soma celtique ! N’est-ce pas là la vénérable adoration du gui : six mille ans d’histoire et de traditions indo-européennes.
Mais surtout symbolique, ce gui

Et vous saurez tout ou presque très prochainement, si vous le voulez bien !

2015-01-13

de la symbolique du gui (2)


Je ne saurais vous conseiller de lire d’abord la première partie qui se trouve en dessous, puisque ce blog est rangé par ordre chronologique de création et je ne crois pas pouvoir en inverser le cours partiellement… J'y suis arrivée : il suffit de changer la date de publication ! Simple, non ?
Depuis l’Antiquité, dans l’hémisphère nord tout au moins, le gui est chargé de symboles, sans aucun doute parce que ses fruits arrivent à maturité au moment du solstice d’hiver (22 décembre). L’hiver dans les rythmes de la nature appartient à Saturne, période sombre où la lumière extérieure manque, période froide où l’on a tendance à se replier, période où l’on se laisse « plomber » avec morosité. C’est aussi un moment d’intériorisation que l’on peut observer dans la nature et en nous-mêmes. Les arbres sont dénudés, l’énergie vitale stagne au niveau des racines ou dans les graines dans l’attente du printemps. Notre état de conscience nous invite à rechercher notre Être profond, à nous introspecter, à nous ramener à l’essentiel (Essence – ciel), loin de l’exubérance de l’été. C’est alors que le gui manifeste sa vitalité comme pour narguer la nature endormie ou pour nous rappeler que la vie est toujours présente.
Voilà pourquoi les hommes ont considéré très vite que le gui avait une puissance magique : « il permet d’ouvrir le monde souterrain, éloigne les démons, confère l’immortalité et inattaquable par le feu. »

Dans l’Enéide, longue épopée de Virgile (-29 à-19 av JC), le héros, Enée, fils d’Anchise et de la déesse Vénus, doit descendre aux Enfers voir son père selon une prophétie. Mais pour un aller avec retour, il doit offrir un Rameau d’or à Proserpine, reine des Enfers. « Va donc, cherche-le des yeux à travers la forêt ; et, si tu le trouves, cueille-le avec la main ». Mais la forêt est immense et ça inquiète bien Enée :
« Oh ! si, sous ces vastes ombrages, s’offrait maintenant à ma vue le mystérieux rameau ! ».
Avoir une mère déesse aide bien : Vénus (alias Aphrodite) lui envoie deux colombes, qui se posent sur un arbre

[…] Quale solet silvis brumali frigore viscum
Fronde virere nova, quod non sua seminat arbos,
Et croceo fetu teretes circumdare truncos :
Talis erat species auri frondentis opaca
Ilice ; sic leni crepitabat bractea vento.
Corripit extemplo Æneas, avidusque refringit
Cunctantem, et vatis portat sub tecta Sibyllæ.[…]

Ainsi, durant l’hiver, on voit le gui dans les forêts déployer ses feuilles nouvelles et ses fruits dorés, sur le tronc étranger qui le nourrit : tel paraissait le rameau d’or sur un chêne touffu ; ainsi frémissaient ses feuilles légères, agitées par le zéphyr. Énée le saisit aussitôt, l’arrache et le porte à la demeure de la Sibylle.
 
Tableur de Brueghel
 
Pas de doute, il s’agit bien du gui. Dans Le rameau d’or, Sir James George Fraser, anthropologue écossais, y voit le symbole de la lumière initiatique qui permet de triompher des ombres du royaume de Pluton et d’en ressurgir, donc de ressusciter. Il écrit aussi : « En hiver, les adorateurs de l’arbre doivent avoir salué la vue de son feuillage frais parmi les branches dénudées comme le signe que la vie divine, qui avait cessé d’animer les rameaux, survivait encore dans le gui, comme le cœur d’une personne endormie bat encore quand le corps est immobile. Aussi, quand il fallait tuer le dieu (quand il fallait brûler l’arbre sacré), il était nécessaire de commencer par arracher le gui. Tant que le gui restait intact, le chêne serait invulnérable. Une fois arraché son cœur sacré (le gui), le chêne penchait vers sa chute. »

 Je me souviens de cette leçon sur nos Ancêtres les Gaulois avec leurs Druides qui cueillaient le gui sur un chêne avec une serpette.
A croire que je ne suis pas seule à m’en souvenir, à lire la BD « la Serpe d’or » de René Goscinny et Albert Uderzo dans la série Astérix.
 
 Manifestement ces grands Sages connaissaient les vertus thérapeutiques du gui. Le gui squatte rarement le chêne et encore moins le chêne rouvre. Selon Pline, « Le rouvre est déjà par lui-même l’arbre dont (les druides) font les bois sacrés; ils n’accomplissent aucune cérémonie religieuse sans le feuillage de cet arbre, à tel point qu’on peut supposer au nom de druide une étymologie grecque (δρς, chêne). Tout gui venant sur le rouvre est regardé comme envoyé du ciel: ils pensent que c’est un signe de l’élection que le dieu même a faite de l’arbre. Le gui sur le rouvre est extrêmement rare, et quand on en trouve, on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles, qui durent trente ans : jour auquel l’astre, sans être au milieu de son cours, est déjà dans toute sa force. » livre XVI.
En fait, les récentes découvertes archéologiques remettent en cause ces images d’Epinal. Le Gaulois n’était pas un cueilleur-chasseur ; il était cultivateur-éleveur, artisan, commerçant, artiste… La Gaule n’était pas recouverte de grandes forêts comme on a bien voulu nous le dire... Le problème des Gaulois, c’est de ne pas avoir laissé de traces écrites : on s’est appuyé sur le récit de « la guerre des Gaules » écrite par des Romains !
Pour tous, le gui était descendu du ciel, telle la foudre, et peut-être avec elle, d’où la croyance qui a longtemps persisté dans les campagnes, que le gui protégeait de la foudre, alors on en attachait à la porte des maisons.
 
Quand des ennemis se rencontraient sous le gui dans la forêt, ils devaient déposer leurs armes et observer une trêve jusqu'au lendemain ; de là, cette coutume, semble-t-il, de suspendre une boule de gui au plafond et d'y échanger un baiser en signe d'amitié et de bienveillance. Quand deux amoureux se bisent sous le gui, alors tout annonce une promesse de mariage !

 
Mais le gui n’était pas cueilli n’importe quand ni n’importe comment : les druides allaient en forêt pour couper le gui sacré, le sixième jour de l'année celtique. Il était coupé avec une Serpe d’Or lors de Samhain (fête religieuse du solstice d’hiver) et devait être réceptionné dans un drap blanc tendu par des vierges.

Il était ensuite consacré et offert au peuple pour ses vertus protectrices et fertilisantes. Puis nos Ancêtres les Gaulois le suspendaient à leur cou ou à l’entrée de leur maison. Quand ils accueillaient des invités, ils les embrassaient en dessous du gui pour leur porter bonheur, joie et protection.

Nuit de la Saint-Sylvestre… nuit de la lumière au cœur de l’hiver… nuit de la présence de l’esprit de la forêt… nuit de la lumière sylvestre… nuit du gui… Il fut un temps, mais ce temps existe encore ça et là, les jeunes offraient du gui aux Ainés, à leurs parents ou à leur patron en échange de cadeaux, d’étrennes en chantant des ritournelles :

♫ salut à l’An neuf, donnez-moi du Gui l’An Neuf ♫

 Il me faut encore évoquer le mythe de Baldr (ou Balder)
 Mesdames et Messieurs, suivez-moi dans la mythologie nordique. Un nouveau drame va avoir lieu.
D’un côté, vous avez Baldr, dieu de la beauté, de la jeunesse, de l’amour et de la lumière. Il est le fils d’Odin, le dieu des dieux et de Frigg, déesse-mère de la fécondité et de la maternité. C’est aussi une magicienne qui connait l’avenir et le destin de tous les hommes. Las, regardez cette mère, qui sait que son fils va mourir ; elle ne peut pas l’accepter… son petit Baldr ! Elle entreprend un grand voyage à travers toute la terre. Elle sollicite tous les minéraux, tous les végétaux, tous les animaux de jurer que jamais ils ne nuiraient à Baldr. Tous promettent. Alors les dieux rassurés s’amusent à lancer toutes sortes de projectiles contre Baldr désormais invulnérable.
Mais, car il y a un mais ou mon histoire serait terminé, s’il n’y avait Loki, le dieu de la discorde, jaloux, envieux, traitre. Il ose déclarer Baldr, son ennemi juré craché n° 1. Sournois, il apprend de le bouche même de Frigg, que, certes, tous les végétaux avaient prêté serment, tous, sauf un : le gui, petit arbrisseau sans racine dans le sol et si jeune, si inoffensif aux yeux de Frigg qu’elle ne lui avait pas demandé de prêter serment.
Ce qui devait alors arriver arriva : Loki part à la recherche du gui, y taille une flèche. Rusé, il demande à Hod,  frère aveugle de Baldr, néanmoins excellent archer de tirer sur lui. La flèche transperce le cœur de Baldr : adieu donc beauté sublime, être empli de lumière… Un grand malheur pour Hod et pour tous les dieux. Mais les dieux se réunirent  pour intercéder auprès de Hel, déesse des enfers la libération de Baldr...

-
                                     La mort de Balder d'après Christoffer Wilhelm Eckersberg
La suite, forcément, je la connais, mais elle nous éloignerait de notre branche de gui.
Si le gui arrache la vie du corps de Balder, c’est qu’il a lui-même été retranché de l’arbre cosmique (le chêne d’essence divine) dont il est le cœur, le principe de vie.

Ensuite, vous me direz, y a-t-il un lien entre le gui, Saint Guy et la danse de Saint-Guy ? rendez-vous dans une troisième partie.

du gui à Saint Guy et à la danse de Saint Guy (3)


Il était une fois en Sicile un père, Valérien, qui confia son enfant, le petit Guy à une nourrice, Crescence et à son mari, Modeste. Le père vénérait les idoles, mais pas Modeste et sa femme. Un jour, le préfet Valérien entreprit de persécuter la secte des Chrétiens. Le père découvrit que son fils était chrétien et essaya de le mettre dans le droit chemin du paganisme. En vain, peine perdue. Le jeune Guy fut arrêté et condamné à des coups de bâton. Mais les bras des bourreaux perdirent leur force et se desséchèrent, ainsi que la main que Valérien avait étendue pour prononcer la sentence… Par chance pour eux, Guy était gentil et miracle ! Il les guérit.

Le père essaya alors de changer Guy en le plongeant dans les délices et l'amollissement : nourritures raffinées, danses affriolantes, petites servantes… Rien à faire, Guy ne faisait que gémir et soupirer. Le père le fit installer dans une chambre magnifique garnie de broderies et de tentures précieuses. À peine y eut-il pénétré qu'apparurent douze pierres d'une couleur et d'un éclat merveilleux. Les domestiques témoins du prodige poussèrent des cris. Le père accourut et fut ébloui par douze anges d'une beauté indicible. À peine les eut-il vu qu'il devint aveugle… Par chance pour lui, Guy était gentil et miracle encore ! Il le guérit
Sur les ordres d'un ange, Modeste, Crescence et Guy s'enfuirent en Italie en bateau. Très vite, la foule s’empressait de venir le voir, car Guy accomplissait toutes sortes de guérison.

Même l’empereur Dioclétien le fit appeler pour soigner son fils posséder cruellement par un démon. Guy parla au démon et le contraignit de sortir. Cela se fit avec un bruit horrible. D’un côté, Dioclétien était content, mais il eut vite peur pour son pouvoir… Il chercha alors à corrompre Guy en lui offrant une partie de ses trésors et même une partie de son empire. Rien à faire : Guy refusait tout.
Dioclétien, qui n’aimait pas qu’on lui tienne tête, fit jeter Modeste, Crescence et Guy dans un grand chaudron plein de poix et de plomb fondu. Raté : même pas un cheveu atteint, rien !
 
Eglise de Saverne

L’empereur, furieux, les fit jeter en pâture aux lions, mais les lions leur léchèrent  les pieds ! 

On les attacha sur un chevalet et on commença à leur rompre les os. Mais à cet instant, grondements effrayants du tonnerre, éclairs terrifiants, hurlements des gens dans l’amphithéâtre et au milieu de cette épouvante, un Ange descendit,  détacha nos trois amis et les remit sur pied.
Modeste, Crescence et Guy étaient bien fatigués de toutes ses péripéties, ils eurent envie de rejoindre Dieu et envoyèrent leurs âmes au ciel le 15 juin de l'an 303. Depuis ils doivent y vivre tranquilles… quoique…peut-être pas Guy, Le pauvre est souvent invoqué comme protecteur des épileptiques et des malades atteints de chorée (mouvement involontaire, appelé aussi danse de Saint Guy), protecteur des comédiens et des danseurs : en grec, "Khoreia" = danse et des chaudronniers à cause du chaudron de poix. C’est un des saints protecteurs de la jeunesse, puisqu’il souffrit le martyr encore enfant.
Comme beaucoup de saints, il est le patron de deux maladies opposées : l’épilepsie et la léthargie. Les Allemands le représentent avec un coq à ses côtés pour ne pas oublier de les réveiller.
Au Moyen-Âge, les malades atteints de chorée étaient souvent considérés comme possédés par le démon et brûlés vifs, aussi ils cherchaient le moyen de se débarrasser de cette maladie.
Quand ils le pouvaient, quand ils le savaient, ils allaient en pèlerinage dans une église qui lui était consacrée à l’approche de la fête de Saint-Guy. Là, ils dansaient pour se libérer de leurs angoisses et de leur maladie, transe apaisante. C’était efficace, dit-on, pour une année. Alors retour à la case départ…

Plus étonnantes sont les histoires qui rapportent une maladie bien étrange, rapportée entre autres par Michelet dans la sorcière, maladie répertoriée en Saxe, en Italie (à lier avec la tarentelle) et dans toute l’Europe…
Au quatorzième siècle, le] premier danger n’était pas le moins grand. Il éclata, vers 1350, d’une effrayante manière par la danse de Saint-Guy, avec cette singularité qu’elle n’était pas individuelle ; les malades, comme emportés d’un même courant galvanique, se saisissaient par la main, formaient des chaînes immenses, tournaient, tournaient, à mourir. Les regardants riaient d’abord, puis, par contagion, se laissaient aller, tombaient dans le grand courant, augmentaient le terrible cœur. Que serait-il arrivé si le mal eût persisté, comme fit longtemps la lèpre dans sa décadence même ? […] Effroyable perspective ! L’Europe couverte de fous, de furieux, d’idiots ! On ne dit pas comment ce mal fut traité, et s’arrêta. […]

Un médecin célèbre du XVI°, Paracelse étudia cette maladie de la danse de chorée et voici ce qu’il en dit :
Cette maladie se présente sous trois formes :
-      La chorea vitista du nom de Saitn Vit ou Guy ou chorea imaginativa, aestimativa car elle était le fruit de l’imagination et de la suggestion.

-       La chorea lasciva était provoquée par des désirs sensuels et affectait plus les hommes que les femmes en raison de leur plus grande force imaginative et de leur tempérament ( NDLR : c’est lui qui le dit, ce n’est pas moi)

-      La chorea naturalis avait pour origine des causes corporelles
Cette danse de Saint Guy collective évoque aussi le tarentisme, les rites de possession, de transe africaine et a sans doute initié la procession dansante d'Echternach au Luxembourg.
À vrai dire, ça ressemble à la vague des conscrits du Beaujolais… prochain sujet ! Mais si même effet, pas même cause…
Cette évocation nous rapproche aussi de certains contes comme « la cloche du bonheur » qui, dès qu’elle sonne et tant qu’elle sonne, fait danser tout le monde et jusqu’à épuisement ou une petite fille qui a une drôle de maladie : quand elle chante une certaine chanson, tous ceux qui l’entendent se mettent à sauter comme elle (une sacrée arme !)

Et voilà partie des boules de gui, me voici rendue sur la danse de Saint Guy !

2015-01-09

salamalec koum

En fin d'après-midi, je sortais du musée Paul et Muguette Dini, des jeunes lycées attendent des bus sur la place. Six jeunes, filles et garçons discutaient au coin de la rue sur le trottoir. Impossible pour moi de descendre sur la chaussée encombrée elle de bus et de voitures.
Tant pis, je traverse le groupe et leur dis suffisamment fort, mais posément :
              - pardon
et une fille me répond :
               - salamalec koum     (orthographe ?)
et sans réfléchir, moi :
               - malekoum salam

sourires étincelants des 6 jeunes, pas tous issus de l'immigration africaine

lumière dans la nuit actuelle

Si seulement on pratiquait tous la politesse élémentaire, tout irait tellement mieux.
La chaleur de ces sourires me dit que je dois faire des efforts pour être plus "présente" dans la rue, surtout envers les jeunes.
Euh ! Je ne savais pas que j'étais capable de répondre en arabe intuitivement.

2015-01-08

ils ne tueront pas Charlie, il est trop fort


Hier, j’avais fini de préparer l’article sur la carpe, quand j’ai appris l’insupportable nouvelle :
les assassinats au siège de Charlie hebdo.
Tristesse, peur, révolte et mille pensées à la fois : attaque de la démocratie, adieu les caricaturistes, mais aussi les autres : l’agent d’entretien, les policiers, pensées vers les familles et ceux qui sont blessés et se battent pour continuer à vivre…
Peur des amalgames que certains vont faire et les violences qui vont suivre. Peur pour ceux qui sont musulmans dans leur âme, dans leur cœur… Déjà Marine Le Pen demande un débat sur l’islamisation, sur le retour de la peine de mort : faites la taire ! Déjà l’explosion d’un kebab à Villefranche sur Saône, tout près…
Qu’en est-il de notre devise : liberté – égalité – fraternité ?
trois jours de deuil national
Cabu avec son dessin parlant de l’absence d’attentats, n’a-t-il pas provoqué des cinglés ? mais doit-on par peur se censurer ?

Pourquoi parle-t-on de terrorisme ? Ceux qui ont tiré à bout portant sur d’autres hommes ne sont que des assassins. C’est leur faire trop d’honneur que de les assimiler à des terroristes. Ils n’en valent pas la peine.
Dans notre pays où l’on ronronne gentiment, où on est prêt à tout dénigrer, où les médias commencent à comprendre qu’ils ont un rôle dans le pessimisme ambiant, c’est un coup de tonnerre qui nous agite tous. D'ailleurs, des rassemblements ont eu lieu dès la fin d'après-midi.
Place des terreaux LYON des centaines de bougies par des milliers de présents


Nous avions répétition avec le chœur Ecce musica, mais le cœur n’y était pas. Contrairement à nos habitudes, Jean-Jacques, notre chef, nous a demandé de nous asseoir. Il était au lycée avec Cabu, il nous a parlé du Grand-Duduche, qui était un élève efflanqué, effectivement amoureux de la fille du proviseur et qui faisait tout pour entrer en contact avec elle. Il nous a également parlé de Charb, sur les antennes : il y a peu, ce dernier disait que quand il y a une peine collective, seul le chant choral permet une véritable union. Nous avons pu alors entamer cette répétition, qui s’est avérée… difficile.
Suis-je Charlie ? Je me méfie des mouvements de masse. Je suis révoltée, ça oui. J’en appelle à la liberté.
 
J’admire la capacité de réactions, d’illustrations des autres dessinateurs dans la même veine que ceux qui nous ont quittés.




 
Quand je faisais mes études, nous avions dû par petits groupes étudier l’évolution d’une loi dans le temps. Nous avions justement pris cette loi de 29 juillet 1881 à l’article unique, ce qui est vraiment très rare en matière de droit.

« l’imprimerie et la librairie sont libres. »
Suivaient alors juste les sanctions encourus en cas de non-respect de cette loi. Ensuite, nous avions cherché les nombreuses lois, décrets, ordonnances, qui ont amputé cette loi, l’ont aménagée… Notre conclusion de potaches : Si on avait su, on aurait choisi une autre loi…
On a touché à la liberté… mais qu’avons-nous fait de l’égalité, de la fraternité pour créer ces monstres assassins ?



Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom…

Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

J’ai passé beaucoup de temps à écouter France Inter, à zapper les chaînes de télé pour écouter les infos jusqu’à point d’heure et dès mon réveil. J’ai écouté le Requiem de Mozart, celui de Fauré. Je n’arrivais pas à avancer comme si mes ailes étaient rognées. Jusqu’au moment où je me suis dit, que j’étais en train de donner raison aux cons et ce n’était pas tolérable.
Alors je suis partie marcher sur le chemin de halage à Montmerle avec ma colère, ma tristesse, ma morosité. Peu à peu, au fil de l’eau, j’ai retrouvé de la fluidité.
Deux heures plus tard devant ce panneau, j’ai ri.


Si toi, c’est mon merle, alors moi je suis ton terle. Mais qu’est-ce qu’un terle ? Une nouvelle bête sans aucun doute. Alors mes chansons sont revenues, j’avais encore une bonne heure de marche.
Mon merle a perdu une plume, il ne chantera plus mon merle
Oui, je le crois, mon merle chantera encore, et même avec plus de force…
Il est possible que l’histoire dise plus tard que cet événement tragique à réveiller le sentiment français et permis à chaque citoyen d’être plus actif pour que la France corresponde aux espoirs du monde… si seulement… et pour longtemps

2015-01-07

de la carpe à carpe diem

Maintenant que mon installation en terre beaujolaise est finie, si tant est que ce ne soit jamais fini, que les fêtes sont passées, alors me revoilà avec des velléités d’écriture sous forme courte, donc mon blog s’y prête bien.

Dès que je peux, je chausse mes baskets pour découvrir mon environnement à pied. Aujourd’hui, je suis allée au village pour différentes petites courses et je suis revenue par un chemin que je pensais silencieux.
Chemin de la carpe, normal me direz-vous, la Saône est tout près et quelques carpes doivent nager dans ces eaux troubles.

En fait de chemin calme, c’était raté :
-      tout d’abord, une pelleteuse et un camion étaient en action pour des travaux de renforcement de lignes électriques
-      plus loin, un âne ricanait à qui mieux mieux et essayait ainsi d’interpeller une belle génisse du troupeau qui paissait dans le pré en face
-      puis des chiens, que l’on entend, mais que l’on ne voit pas derrière les grands murs et les hauts portails pleins
-      il manquait un tracteur… Il est arrivé !
                      Adieu le silence !

Mais pourquoi dit-on muet comme une carpe ? Est-ce qu’une carpe est plus muette que les autres poissons ? A-t-on déjà entendu des poissons parler en dehors des contes du petit poisson qu’ il faut embrasser pour conjurer le sort et qu’il redevienne prince ou princesse ?
Il paraîtrait cependant que les carpes n’ont pas de langue : pas de langue, pas de possibilité de parler.

Les carpes affleurent souvent la surface de l’eau pour gober quelque insecte sans doute et personne, à ce jour, n’a entendu le moindre mot émis par l’une d’elles. Si je dis à ce jour, c’est qu’il est possible qu’un savant fou, en quête d’exploit, joue à quelque manipulation génétique, qui permettrait aux poissons de parler… parler pour être entendu des hommes…
Et voilà ma carpe qui me glisse entre les doigts un peu comme la truite de Schubert et m’entraîne vers d’autres expressions liées aux poissons : le mariage de la carpe et du lapin pour évoquer une mésalliance, avoir des yeux de merlan frit pour des yeux d’amoureux qui roulent vers le haut, être un véritable requin dans le monde de la finance, être plate comme une limande ou comme une sole, être maigre comme une ablette, glisser comme une anguille, mais aussi il y a anguille sous roche. Je pourrais parler aussi de la sardine qui bouche le port de Marseille, de la gauche caviar (du caviar de la Dordogne, ça va de soi). La, je suis en train de noyer le poisson et cette histoire va vraiment finir en queue de poisson.
Je recherche alors mon point de départ : chemin de la carpe, bien loin du chemin parisien de la Contrescarpe… Non, je ne vais pas vers ce chemin-là !
Mais la carpe, est-ce elle qui s’est glissée dans l’expression carpe diem ? Cette expression qu’on utilise pour dire profite de la vie aujourd’hui ! Avoir les nombreux pêcheurs le long de la Saône, je pourrais le penser, mais je sais par des amis journalistes ou correspondants de presse que rien n’est plus agité qu’une assemblée générale de pêcheurs. Alors ?
De retour chez moi, je fais immédiatement des recherches. Cette expression qui vient du latin est vraiment incomplète. La phrase latine écrite par le poète Horace est
"Carpe diem quam minimum credula postero"
(Cueille le jour [et sois] la moins curieuse [possible] de l'avenir).
C’est le dernier vers d’un poème adressé à une jeune fille qui souhaite vivre longtemps. Horace lui explique qu’elle doit profiter pleinement du moment présent tout en ayant une saine discipline de vie et en ne remettant pas au lendemain les choses à faire. On est loin du carpe diem d’aujourd’hui compris comme une incitation à jouir du moment présent sans contraintes, ni retenue.
ce sera ma signature en ce jour...